jeudi 17 août 2017

Prénom Nom MDP = NR Adhérent

A l'école des Forces Spéciales

Publié le 24/02/2015 à 11:54 - La Dépêche du Midi

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Dans le ciel palois, le vrombissement caractéristique d'une grosse machine qui s'approche vite et bas de la « zone de jeu ». Livrée grise et insigne discret de l'arbalète tendue au-dessus de l'étoile et des ailes… C'est un Caracal du 4e Régiment d'Hélicoptères des Forces Spéciales (4e RHFS). Deux colonnes de sept jeunes en treillis l'attendent sagement, genou au sol, main sur l'épaule du camarade de devant. « En fin de journée et à ce stade de leur préparation, ce baptême de l'air est un peu une récompense, un avant-goût de ce dont ils rêvent tous : intégrer les forces spéciales et partir en mission », sourit le lieutenant-colonel Aurélien.

Pas de nom de famille, pas de badge sur les tenues camouflées. Juste un grade et un prénom pour les cadres : ici, la discrétion fait partie des bases de l'instruction même pendant ces seulement quinze jours. « Nos candidats à la préparation militaire parachutiste Forces Spéciales de l'Armée de Terre, la PMP-FS, sont tout de suite dans le bain », poursuit l'officier.

La PMP-FS ? Pas forcément connue du grand public, elle existe depuis 2006 et se déroule donc trois fois par an à Pau, au sein des emprises de la Brigade des Forces Spéciales Terre (BFST) et de l'école des Troupes Aéroportées, l'ETAP. Durant deux semaines, elle accueille alors une quarantaine de volontaires âgés de 16 à 29 ans.

« Pour la première session, à l'époque, nous n'avions eu qu'une douzaine de candidats et puis la demande est venue. Là, ils sont 43, entre 17 et 25 ans, que des hommes, car même si la PMP-FS est ouverte aux femmes, nous n'en avons accueilli que deux depuis le début. Ces PMP-FS permettent aux candidats d'appréhender notre milieu et de conforter ou d'infirmer leur désir d'intégrer l'une de nos unités » (voir encadré), précise le lieutenant-colonel tandis que le major Luc remotive les troupes.

Sacs à dos alignés après la course d'orientation, traînées de sueur en train de sécher sur la poussière marquant les visages… « Va falloir serrer les dents, les problèmes de tendinites et d'ampoules vont apparaître », prévient-il ceux qui attendent leur tour d'hélico, avant de les briefer sur leurs futurs sauts en parachute qu'ils feront ici, dans quelques jours : «ce sera en automatique, à 400 mètres, l'avion vole à 73 m/s et on prend une gifle quand on en sort»

De fait, pas de temps mort depuis qu'ils ont perçu leur paquetage. « Le menu, c'est l'aguerrissement et un premier vernis de rusticité avec l'initiation aux techniques de vie en campagne, au combat, les marches de jour et de nuit, les repas avec les rations. Là, ils ont dormi dans les bois et n'ont eu que six heures de sommeil en 36 heures. Cette étape n'est pas forcément facile à franchir. Sans être inaccessible, la PMP-FS requiert un minimum de volonté et de condition physique vu les activités et le rythme auquel elles se succèdent », précise le lieutenant-colonel.

Sur l'effectif, « 50 % ont déposé un dossier d'engagement pour l'une de nos unités et l'autre moitié vient pour découvrir, avec un éventuel engagement à l'issue », résume l'officier supérieur.

Profitant de ce moment de relâche, les candidats échangent aussi leurs impressions. Hier, ils ont effectué leurs premiers tirs au FAMAS et au Glock 17, le fusil d'assaut et la « rolls » des armes de poing en service. Mais avant de se voir confier des armes de guerre, ils ont été évalués avec soin sur de nombreux critères. « Ceux qui arrivent jusqu'ici, c'est déjà la crème, une sélection parmi les candidats passée par le filtre des psychologues. Pour nous rejoindre, il faut qu'ils soient bien dans leur corps et bien dans leur tête. Les forces spéciales, ce ne sont surtout pas des Rambo. On recherche des gens matures, autonomes, ouverts d'esprit, dotés d'excellentes capacités physiques, calmes, sereins et capables de s'adapter très rapidement à toute situation », explique le major Luc.

« Faire autrement » : c'est en effet la devise du Commandement des Opérations Spéciales qui conçoit, planifie et conduit les missions éclairs et discrètes, ces frappes inattendues pour lesquelles sont entraînées les unités de la BFST, les commandos marines et ceux de l'Armée de l'Air. Trois mille hommes des trois armées devenus incontournables dans les conflits actuels.

Afghanistan, Afrique de l'ouest, Libye, Sahel…

Depuis le début des années 2000, ils sont ceux que l'état mandate les premiers dans ces crises nouvelles se multipliant sur la planète ; conflits ethniques, religieux ou terroristes sur lesquels il faut envoyer une force capable d'évoluer entre action clandestine et engagement conventionnel. à la clé ? Une image d'exigence individuelle et collective, de combattants exceptionnels pour des «missions impossibles» qui séduit les candidats à l'engagement.

Témoin Joseph, 21 ans, en licence d'histoire, l'un des stagiaires. « Je fais la PMP-FS dans la perspective d'un engagement dans une unité d'élite : la compagnie de commandement et de transmission de la Brigade. Les transmissions, c'est un maillon de la chaîne indispensable sur le terrain et ma motivation principale est d'être projeté partout », explique-t-il.

La vocation ? Chevillée au corps, démontre Jules, bac S, licence STAPS, précédemment engagé deux ans dans la marine comme officier dans les fusiliers. Lui visait les FORFUSCO, les fusiliers marins et commandos des forces spéciales mais il a été « frappé d'une inaptitude temporaire. Alors je recommence tout à zéro en me rengageant avec pour but le 1er RPIMa », explique-t-il, « pas dépaysé » par le programme en cours.

Lui veut « donner de sa personne pour défendre une idée, le pays » et « dans les forces spéciales, il y a l'attrait des missions, du matériel, différents de l'armée conventionnelle. C'est aussi plus d'autonomie, une forme d'indépendance et de responsabilité dans le cadre militaire avec la certitude de n'être qu'avec des gens partageant notre vocation », poursuit-il. Poignée de main en béton, son tour de filer vers l'hélico qui revient. Franck, 18 ans, en descend, sourire jusqu'aux oreilles.

Ce vol ? « ça confirme l'envie d'aller plus loin ». De quoi faire oublier les dangers du métier ? « On sait qu'on est amené à aller sur des théâtres risqués. On y pense sans s'y appesantir, ça fait partie du métier et ça ne doit pas nous arrêter », estime Jules. Dernière rotation. Dernier débarquement. La nuit est là. « Formez le peloton ! ». Tous reprennent leur sac à dos, s'alignent. Une dernière petite marche pour finir avant d'aller dîner. Trois kilomètres au pas rapide. Rien par rapport à demain.

« Là, ils ont dormi dans les bois et n'ont eu que six heures de sommeil en 36 heures.»

L'avenir de la guerre

Si Midi-Pyrénées concentre pratiquement toutes les unités de la 11ème Brigade Parachutiste, l'Aquitaine accueille pour sa part la Brigade des Forces Spéciales Terre qui regroupe le 1er  Régiment de Parachutistes d'Infanterie de Marine (Bayonne), le 13ème Régiment de Dragons Parachutistes (camp de Souge, Martignas-sur-Jalle), mais aussi le 4ème RHFS, la Compagnie de commandement et de transmission et l'état major, à Pau. Qu'ils soient Terre, Mer ou Air, les 3.000 hommes des forces spéciales françaises ont des capacités opérationnelles communes : aérolargage, aéroportage, combat et action quel que soit l'environnement, emploi de tous types d'aéronefs, par exemple. Mais chaque unité possède ses spécificités.

Le 1er RPIMa est le régiment « action » : sabotage, contre-terrorisme et libération d'otages ou capture de cibles de haute valeur font partie de ses missions.

Le 13ème RDP est le spécialiste du renseignement qu'il recueille, traite et diffuse vers les plus hautes instances pour contribuer à la compréhension, l'anticipation et la prise de décision.

Le 4ème RHFS appuie ou conduit des opérations spéciales, infiltrant et exfiltrant les commandos partout, par tous les temps et particulièrement de nuit. Disposant également d'hélicoptères de reconnaissance et d'attaque, il s'est notamment illustré le premier au Mali, dès le11 janvier 2013, en contraignant les jihadistes au repli. Aux commandes de sa Gazelle, le lieutenant Damien Boiteux avait été mortellement touché lors de cette opération. La base paloise porte désormais son nom.

Quelque soit le théâtre d'opération, aujourd'hui, les Forces Spéciales sont devenues « un outil indispensable à l'action d'un état moderne », souligne Éric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, auteur de Forces Spéciales, l'Avenir de la Guerre ? ouvrage de réflexion proposant une vision historique et une analyse sur le rôle des soldats de l'ombre qui seront de plus en plus sollicités dans les guerres de demain.

Sur les engagements récents de la France, on pourra lire également avec intérêt Commandos Français, les Missions des Forces Spéciales de Jean-Marc Tanguy, aux éditions Altipresse.

Pierre Challier

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